Assurance vie - Le poil a gratter associatif

Posté le 29 juin 2008

L’ouverture aujourd’hui du procès en appel des dirigeants de l’Afer place sous le feu des projecteurs un secteur à part dans le paysage financier : celui des associations d’assurés, qui diffusent leurs propres contrats, notamment en assurance-vie. Si seule une petite poignée est réellement active, leur influence dépasse largement leur part de marché, pour des raisons historiques. Un héritage qu’elles s’efforcent de cultiver afin d’échapper à la banalisation. Cliquez ici Encore du rififi dans l’assurance-vie associative ! Le leader, l’Afer, après avoir vu ses fondateurs, Gérard Athias et André Le Saux, déclarés en première instance coupables d’abus de confiance pour avoir détourné des fonds, est à nouveau sous le feu des projecteurs. S’ouvre, en effet, aujourd’hui, leur procès en appel (lire également page 30). Et comme si cela ne suffisait pas, l’association a été condamnée au civil pour publicité mensongère et concurrence déloyale pour son comparateur de frais, après assignation par l’Agipi, l’une de ses concurrentes. L’Afer a fait appel. Débarquée, sa présidente sortante, Bénédicte Coste, va tenter de retrouver son poste à la prochaine assemblée générale, prévue en juin. Les protagonistes ont au moins un point commun, ils aiment la lutte et les débats. Au milieu de ces perturbations, l’association garde le moral car ses derniers chiffres sont plutôt bons. En 2007, sa collecte a progressé, à la différence de celle du Gaipare ou de l’Agipi, et surtout les rendements ont cessé de décliner. Cela fait de nouvelles munitions pour résister encore et toujours à la banalisation annoncée de l’assurance-vie associative. Une étude réalisée par le cabinet Capa Conseil il y a quatre ans estimait qu’il existait quelque 300 associations d’assurés ; toutefois, seule une dizaine joue vraiment un rôle. Beaucoup ne sont que des supports juridiques pour des contrats collectifs. La législation récente sur la gouvernance des associations d’assurance pourrait changer les choses. Le public, cependant, ne se presse pas encore aux assemblées générales, y compris à celle de l’Andecam, forte des 5 millions d’adhérents aux principaux contrats d’assurance-vie commercialisés par le Crédit Agricole. Les associations réellement actives relèvent en fait de l’exception. Dans le paysage de l’assurance-vie, elles ne représentent plus que 5 % à 8 % des encours et moins de 2 millions d’adhérents, simples estimations en l’absence de statistiques officielles. Une situation marginale par rapport aux réseaux de bancassurance, même si l’épargne retraite a son propre modèle associatif depuis le lancement des PERP. Transparence affichée Cela n’empêche pas la presse spécialisée de faire à intervalles réguliers le point sur les grands contrats d’assurance-vie associatifs, en particulier ceux de l’Afer, Agipi, Asac-Fapès, Gaipare, Adif Epargne ou Aprep. Et ces associations d’assurés forment un secteur ” original, curieux “, selon les dires mêmes d’un dirigeant respecté. Leur influence, supérieure à leur part de marché, tient à leur héritage commun, une vertu historique reconnue. Jusqu’en 1990, en effet, les contrats associatifs échappaient à la taxe de 5,15 % qui frappe les produits individuels. En plus, négocier des contrats collectifs était plus simple pour l’assureur partenaire que de signer des milliers de contrats individuels. Après la prévoyance (décès, invalidité…), l’assurance-vie a fait la notoriété du système, avec des innovations comme les versements libres. L’héritage est commun, mais les racines ne sont pas identiques. Là où l’Afer est souvent considérée par les experts comme la plus consumériste, la plus militante, l’Agipi est née de la volonté de certains agents généraux de dépasser les carcans réglementaires. Asac-Fapès a pour socle une structure d’origine professionnelle. Une structure légère comme le Gaipare a su attirer des managers de l’industrie. Les organisations de ces associations n’ont rien d’uniforme, elles non plus (voir ci-contre). Cela ne les empêche pas de converger vers deux fronts majeurs de communication, la transparence financière et le lobbying de l’épargne. Sur le premier, elles sont servies par la technicité réelle de l’assurance-vie, la forme d’épargne financière préférée des Français. Difficile de s’y retrouver dans tous les paramètres des contrats. Du coup, les associations ont à coeur de cadrer les choses en matière de frais, de taux de participation aux bénéfices tirés des actifs logés dans les contrats, de sélection des supports, etc. ” L’existence du fonds Agipi, notre actif cantonné en euros, et notre volonté d’équité entre adhérents nous conduisent à servir le même taux de rendement à tous les assurés “, souligne ainsi Claude Fath, président de l’Agipi, qui y voit ” deux valeurs ajoutées ” de l’association. Même son de cloche chez Jean-Paul Jacamon, président du Gaipare : ” Pour un de nos adhérents qui a souscrit il y a vingt ans, le taux de rendement sera le même que pour celui qui nous a rejoints il y a quelques années. Aucune association d’assurés ne laisserait privilégier les adhérents les plus récents dans un objectif commercial, au détriment des plus anciens. ” Une bannière commune A force de prôner la transparence, le lobbying est devenu une seconde nature et aussi une garantie pour l’avenir. ” Les associations d’assurés existent, elles ont une légitimité et des statuts. Ma conviction est qu’il faut bouger pour défendre les intérêts des adhérents, promouvoir et défendre l’épargne volontaire “, estime Bénédicte Coste. Son successeur à la tête de l’Afer, Gérard Bekerman, se dit pour sa part ” décidé à affirmer tout notre poids auprès des pouvoirs publics, à jouer un rôle leader au cas où le paysage fiscal et social de l’assurance-vie, si nécessaire à notre économie, devait être modifié “. Les associations se sont même rangées sous une bannière commune, celle de la Fédération des associations indépendantes de défense des épargnants pour la retraite (Faider), pendant un temps. Des divergences de vues ont cependant conduit au retrait de l’Afer il y a deux ans. De même, à force de communication sur leur rendement, les contrats des associations sont devenus une base de référence, un peu comme le taux du Livret A pour l’épargne bancaire. Seulement voilà, ils ne sont plus incontournables : en quelques années, l’Internet et les comparateurs d’assurances ont complètement changé le paysage. Sans compter qu’il est désormais possible de faire son marché en assurance-vie sur les sites Web. Les concurrents de l’Afer ont d’ailleurs ressenti le lancement de son comparateur comme une offensive commerciale, non comme une contribution d’intérêt général. Et certains d’entre eux fulminent même en privé contre la ” Leclerc de l’assurance-vie “, jeu de mots sur deux noms, celui du célèbre maréchal - Bénédicte Coste est sa petite-fille - et celui du grand distributeur. Nouveaux services Ce n’est pas le seul défi qui attend les associations. Côté relationnel, la capacité à désacraliser les arcanes de l’assurance-vie semble avoir été surtout le fait des conseillers en gestion de patrimoine ces dernières années. Quant à l’indépendance vis-à-vis du ou des assureurs partenaires, l’” affaire Athias ” a permis d’en découvrir le contexte et les coulisses. Le public a pu prendre du recul : l’assurance-vie associative défend les intérêts des assurés mais ne donne pas dans le caritarif. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre de considérer certaines rémunérations de dirigeants, proches de celles des hauts cadres de l’assurance. A l’heure actuelle, plutôt que de se draper dans de purs concepts, les associations jouent davantage la carte de l’interface autonome et conviviale. Le ” plus produit ” reste la base de leur dynamique. Toutes se sont évertuées à négocier les tournants pris par le marché. ” Nos contrats permettent d’acquérir des unités de compte aux meilleures conditions de marché et l’image de nos produits est forte. La croissance du nombre d’adhérents est très positive : environ 4,5 % par an “, fait valoir Didier Brochard, directeur général de Fapès Diffusion. L’Afer réfléchit à étoffer sa gamme de services, en particulier dans le domaine de la dépendance. Chacune peaufine son site Web, sachant que la concurrence risque de s’intensifier en Europe. En jouant la carte du ” small is beautiful ” - les coûts restent bas grâce à des gammes simples -, en se faisant reconnaître aussi comme laboratoire d’innovations, elles espèrent garder de l’énergie à revendre. Asac-Fapès : affinités professionnelles ” Notre fédération, qui regroupe aujourd’hui cinq associations d’assurés, se distingue des autres par l’origine professionnelle de l’Asac “, explique Didier Brochard, directeur général de Fapès Diffusion. Tout a commencé dans l’après-guerre avec la création de cette association par des artisans et commerçants soucieux d’améliorer leur protection sociale complémentaire, en commençant par le décès et l’incapacité. L’assurance-vie à versement libre, autrement dit un régime d’épargne pour préparer la retraite, a été lancée en 1977. Les autres membres de la fédération Fapès sont l’Apprur (prévoyance pour des salariés de Renault), GMPA (pour la communauté militaire), Audience Association (les personnes handicapées et leur famille), sans oublier Appeir, un groupement d’épargne populaire (GERP) dédié au plan d’épargne retraite populaire. ” La société de courtage Fapès Diffusion est le bras armé de la fédération dans le domaine de la distribution, de la création de produits et de la politique de communication, sans oublier la gestion administrative des régimes. Elle est détenue à 100 % par la Fapès “, et les assureurs partenaires des contrats - AGF, Generali et la CNP - ne sont pas présents au conseil d’administration. ” Nous avons fait le choix dès 1993 de diffuser en direct les contrats souscrits par les associations membres de la fédération “, précise aussi Didier Brochard. Afer : l’enfant terrible Son nom est presque devenu synonyme d’” assurance-vie associative “. La fibre consumériste militante et les luttes de pouvoir au sommet ont aussi fait de l’Afer l’enfant terrible de la famille. Son président, Gérard Bekerman, se réclame d’ailleurs des valeurs fondatrices : la liberté de l’épargne, la simplicité des contrats et la philosophie associative au service des adhérents. Pour conserver les manettes à l’issue de la prochaine assemblée, le 3 juin, il devra se battre face à l’ancienne présidente, Bénédicte Coste. Le groupement d’intérêt économique est l’autre marque de fabrique de l’Afer. ” Le GIE est un outil du paritarisme, excellent mais toujours perfectible. Il permet la coopération, l’entente, les débats et aussi le dialogue permanent avec notre assureur partenaire, Aviva, dans l’intérêt de nos adhérents. Grâce à quoi, les assurés obtiennent des suivies d’effets de manière très concrète. On m’a confié la présidence à la fois de l’association et du GIE, et c’est une dualité qui s’exerce dans une unité de décision “, dit Gérard Bekerman. La mécanique repose aussi sur 1.500 diffuseurs professionnels : délégués, correspondants, courtiers ou agents généraux. L’encours a progressé de 6,3 % l’an dernier, et les encaissements de 3,7 %. Les agences Afer appartiennent soit à des agents Aviva, soit à Epargne Actuelle (cabinet de courtage propriété d’Aviva), soit à des courtiers d’assurance. Agipi : couvrir l’intégralité des besoins L’Agipi revendique le rang de première association d’assurés pour la retraite, l’épargne, la prévoyance. En fait, sa collecte est inférieure à celle de l’Afer mais elle est moins connotée assurance-vie. ” Face aux nouveaux besoins sur le marché de l’assurance de personnes, notre politique a consisté à créer une gamme de six contrats couvrant l’intégralité des besoins de nos adhérents “, explique en effet Claude Fath, son président, ancien agent général et ex-haut dirigeant du groupe AXA. Il se souvient des débuts de l’Agipi : l’assurance collective était une fenêtre de liberté dans un marché de l’assurance encore très encadré. Le quart environ de ses adhérents sont des professionnels de santé. L’assurance-vie voisine dans la gamme avec la dépendance, l’assurance-crédit, le PERP, etc. AXA apporte la garantie financière et ses agents généraux diffusent les contrats. L’association, elle, a pour rôle de les concevoir, de négocier les conditions, les et les tarifs avec les assureurs partenaires, d’assurer la promotion des produits, de contrôler la gestion ainsi que les résultats, sans oublier l’information des adhérents. ” Par délégation de l’assureur, toute la gestion de nos contrats, depuis la souscription jusqu’au règlement des prestations, est effectuée par notre société de gestion, Adis, dans notre siège social en Alsace “, précise Claude Fath. Gaipare : le souci d’informer Le Gaipare se définit lui-même comme une association de défense des épargnants. ” Nous apportons une information à nos adhérents, à travers différents aspects, comme l’assemblée générale annuelle, les réunions régionales ou notre bulletin. Le coeur de cette information concerne le fonds en euros : nous fournissons le détail complet de sa composition, ce qui ne va pas toujours de soi pour les autres contrats d’assurance-vie “, précise le président, Jean-Paul Jacamon, ancien numéro deux de Schneider Electric. L’association suit de près la gestion financière des contrats, tout en n’employant que quelques permanents. Car elle ne s’occupe ni du suivi administratif ni du volet commercial. La tâche revient à l’assureur partenaire, le groupe AGF, sachant que ses produits sont distribués par des conseillers en gestion de patrimoine indépendants et des courtiers. ” Les moyens du Gaipare proviennent des adhérents eux-mêmes, par l’intermédiaire d’une cotisation annuelle de 0,03 % de l’actif des contrats d’assurance. Cette cotisation s’ajoute aux frais de gestion de 0,60 % prélevés par l’assureur et sert à couvrir nos prestations de service en matière d’information, de conseil et notre site Web. ” L’encours d’épargne gérée a progressé de 3,6 % l’an dernier, mais la collecte a reculé de 13 %. Du coup, une discussion est en cours avec le groupe AGF, ” dans le cadre d’une réflexion stratégique sur la commercialisation des contrats “.

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